BRVM ou marchés développés: comment décider où placer son épargne en bourse?

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BRVM ou marchés développés: comment décider où placer son épargne en bourse?
Illustration — Ken Research (CC BY-SA 4.0)

Un épargnant de la diaspora hésite: faut-il investir sur la bourse régionale ouest-africaine, encore méconnue, ou sur les grands indices européens et américains, mieux rodés? La question n’a pas de réponse universelle. Elle se tranche avec des critères. Voici une grille de décision honnête, sans promesse de gain, pour choisir en adulte.

Vous avez mis de côté, disons, l’équivalent de 5 000 € (environ 3,3 millions de FCFA) que vous n’utiliserez pas avant plusieurs années. Une amie vous parle de la BRVM, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières commune aux huit pays de l’UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo). Un cousin installé en France, lui, ne jure que par les grands indices européens et américains. Les deux ont des arguments. Alors, où placer cet argent?

Disons-le tout de suite: il n’existe pas de « meilleur marché » dans l’absolu. Il existe un marché qui correspond à votre situation, à votre horizon de temps et à votre tolérance au risque. Cet article ne vous dit pas quoi acheter — aucun article sérieux ne devrait le faire. Il vous donne quatre critères de décision et la façon de les peser. Le choix final, éclairé, reste le vôtre, idéalement après avoir parlé à un conseiller agréé.

Reformuler la question avant d’y répondre

« Quel marché est le plus rentable? » est une mauvaise question. La bonne est: « Quel marché correspond à ce que je peux tolérer comme risque, sur combien de temps, et avec quelle fiscalité selon mon pays de résidence? »

Pourquoi? Parce qu’un marché peut afficher de belles performances passées et rester dangereux pour vous s’il est peu liquide, difficile d’accès ou mal garanti. Un rendement élevé n’est jamais un cadeau: il rémunère un risque. Gardez cette phrase en tête tout au long de la lecture.

Sur les marchés financiers, quel que soit le pays, vous pouvez perdre une partie ou la totalité du capital investi. Les performances passées ne préjugent jamais des performances futures.

Critère 1 — La performance: séduisante, mais à relativiser

Sur la période récente, les chiffres racontent une histoire frappante. Année après année, les deux marchés se sont relayés en tête: certaines années, le grand indice européen a devancé la bourse ouest-africaine; d’autres années, l’inverse. Pris isolément, aucun résultat annuel n’est significatif.

En revanche, si l’on regarde la performance annualisée sur quatre ans (2021-2024), l’écart devient net: de l’ordre de 7 % par an pour l’indice européen, contre environ 17 % par an pour le marché ouest-africain (hors dividendes, sur la seule progression des indices). L’année en cours a prolongé la tendance, avec un marché régional qui a fait, à ce stade, sensiblement mieux.

Deux nuances essentielles, à ne surtout pas escamoter:

  • Ces chiffres sont des ordres de grandeur passés. Rien ne garantit qu’ils se répètent. Un marché émergent progresse souvent vite… mais peut aussi corriger vite.
  • Un marché plus « performant » peut être plus concentré et moins liquide. Une bourse régionale de taille modeste comporte moins de sociétés cotées: votre portefeuille y est plus exposé à quelques secteurs, et il peut être plus difficile de revendre rapidement au prix souhaité.

Un indicateur complète le tableau: le PER (le rapport entre le prix d’une action et les bénéfices de l’entreprise), qui mesure grossièrement si un marché est « cher » ou « bon marché ». Fin 2024, il tournait autour de 17 pour l’indice européen contre environ 13 pour la bourse régionale. Traduction prudente: les valeurs ouest-africaines étaient, en moyenne, valorisées plus sobrement — ce qui peut laisser une marge, sans aucune garantie.

Côté rendement du dividende (la part du bénéfice reversée chaque année aux actionnaires), l’écart va dans le même sens sur l’exercice 2024: de l’ordre de 3,4 % pour l’indice européen contre environ 7 % pour le marché régional. Et sur les obligations d’État à 10 ans: environ 3,3 à 3,5 % pour la dette française, contre 6 à 7 % pour la dette souveraine en zone UEMOA. Là encore, un rendement plus élevé rémunère un risque perçu plus élevé.

Critère 2 — La fiscalité: elle dépend d’où vous résidez

C’est le critère le plus souvent mal compris, et pourtant décisif. La fiscalité ne dépend pas seulement du marché, mais de votre pays de résidence fiscale.

Sur le marché français, via un compte-titres ordinaire, les gains (dividendes, plus-values à la revente, coupons d’obligations) sont en général soumis à un prélèvement forfaitaire unique de l’ordre de 30 %. Une enveloppe dédiée, le PEA, permet — sous conditions de durée de détention d’au moins cinq ans — de ramener l’imposition autour de 17,2 %. Attention: ces taux peuvent évoluer au gré des lois de finances; considérez-les comme une photographie, pas comme une constante.

Sur le marché ouest-africain, pour un résident de la zone UEMOA, la fiscalité est structurellement plus douce: les dividendes sont souvent taxés dans une fourchette de l’ordre de 2 à 12 %, et certaines plus-values ou certains coupons obligataires peuvent être faiblement taxés, voire exonérés selon le type de titre et la durée de détention.

Point capital, trop souvent oublié: si vous résidez en France (ou dans un autre pays hors UEMOA) et que vous investissez sur la BRVM, vous devez déclarer vos gains dans votre pays de résidence. Ne pas le faire vous expose à des redressements et à des sanctions. Une fiscalité « avantageuse à la source » ne vous dispense jamais de vos obligations déclaratives là où vous vivez.

Autrement dit, l’avantage fiscal du marché régional profite pleinement à celui qui réside effectivement en zone UEMOA. Pour un membre de la diaspora, il faut intégrer la convention fiscale applicable et, franchement, en parler à un fiscaliste avant de bâtir une stratégie. Chaque situation personnelle est différente.

Critère 3 — La sécurité et le cadre réglementaire: le point qui doit vous rendre exigeant

C’est, pour beaucoup, le critère le plus important. Investir n’a de sens que si vous pouvez retrouver et récupérer votre argent.

Bonne nouvelle des deux côtés: chaque marché dispose d’un régulateur — une autorité de tutelle en France, une autorité équivalente au niveau de l’UEMOA — et chacun impose en principe la ségrégation des avoirs: les fonds des clients doivent être séparés de ceux de l’intermédiaire, de sorte qu’en cas de défaillance de ce dernier, l’argent des clients ne se confonde pas avec le sien.

La différence se joue sur le fonds de garantie. Sur le marché français, le dispositif est explicite: un épargnant peut être indemnisé jusqu’à un certain plafond sur ses titres (de l’ordre de 70 000 €) et sur son solde espèces (de l’ordre de 100 000 €), à condition que l’intermédiaire adhère bien au fonds. Sur le marché ouest-africain, le mécanisme existe mais reste, à ce stade, moins lisible quant à ce qui reviendrait concrètement à l’épargnant si un intermédiaire faisait faillite sans avoir respecté ses obligations. Ce flou n’est pas anodin: il justifie une prudence renforcée.

Dernier élément: la diversité des produits. Le marché français donne accès à un large éventail (actions, obligations, ETF, fonds communs, SCPI et autres véhicules immobiliers ou alternatifs). Le marché régional propose un choix plus restreint: essentiellement actions, obligations et fonds communs de placement. Moins de diversité, c’est moins de leviers pour répartir le risque.

Critère 4 — L’accessibilité et les frais: ce qui grignote vos gains

Les frais paraissent secondaires. Ils ne le sont pas: sur longue durée, ils rognent le rendement bien plus qu’on ne l’imagine.

  • Ouverture de compte. Côté marché développé, l’ouverture en ligne est largement digitalisée, souvent bouclée en quelques jours. Côté marché régional, le parcours reste plus lourd: échanges de courriels, documents à fournir, délais plus longs. Rien de rédhibitoire, mais il faut s’armer de patience.
  • Frais de courtage. Sur les marchés développés, via un intermédiaire en ligne, ils sont faibles — de l’ordre de 0,1 à 0,5 % par opération. Sur le marché régional, comptez plutôt autour de 1,3 % par opération, soit un multiple de deux à trois fois.
  • Frais annexes. Sur le marché régional s’ajoutent fréquemment des frais de tenue de compte, de conservation des titres et autres lignes — une structure de coûts globalement plus lourde, souvent parce que l’activité passe par des réseaux bancaires.

Un exemple parlant: sur un aller-retour (achat puis revente) de 1 million de FCFA (environ 1 525 €), une différence de frais de 1 point de pourcentage représente 10 000 FCFA (environ 15 €) qui partent en fumée, avant même de parler de performance. Répétez l’opération dix fois par an pendant dix ans, et l’addition devient significative.

Comment trancher: la grille de décision

Reprenez vos quatre critères et posez-vous les bonnes questions, dans l’ordre.

  1. Où résidez-vous fiscalement? C’est le point de départ. Un résident de la zone UEMOA et un membre de la diaspora en Europe n’ont ni la même fiscalité, ni les mêmes obligations déclaratives. Réglez cette question avant tout le reste.
  2. Quel est votre horizon? Investir en bourse suppose de pouvoir laisser l’argent travailler plusieurs années — idéalement cinq ans et plus — sans y toucher. N’y placez que ce dont vous n’avez pas besoin à court terme.
  3. Quelle sécurité exigez-vous? Si la lisibilité de la garantie des fonds est pour vous non négociable, ce critère pèsera lourd. Si vous acceptez un cadre encore en construction en échange d’un potentiel plus élevé, vous arbitrerez différemment.
  4. Faut-il vraiment choisir un seul marché? Non. La question « l’un OU l’autre » est souvent un faux dilemme. La diversification — répartir son épargne entre plusieurs marchés, plusieurs classes d’actifs et plusieurs zones — reste le principe de bon sens le plus robuste pour ne pas dépendre d’un seul pari.

Une lecture possible, et volontairement générale: le marché ouest-africain apparaît comme un marché à surveiller, jeune, potentiellement porteur mais encore moins mature, moins liquide et moins bien garanti; les marchés développés offrent, eux, un cadre plus rodé, plus liquide et plus diversifié, au prix d’une fiscalité souvent plus lourde et de performances récentes plus modestes. À chacun de peser ces éléments selon sa propre situation.

Les garde-fous à ne jamais lâcher

  • N’investissez que l’argent dont vous n’avez pas besoin à court terme. Gardez d’abord une épargne de précaution disponible.
  • Formez-vous avant de miser. Comprendre ce que sont un dividende, un coupon, une plus-value ou la liquidité d’un marché n’est pas un luxe: c’est le minimum vital.
  • Passez par un intermédiaire régulé. Sur la BRVM, l’accès se fait via une Société de Gestion et d’Intermédiation (SGI) agréée. Vérifiez toujours l’agrément avant de confier le moindre franc.
  • Ne cherchez pas le « bon coup ». Aucun rendement n’est garanti. Méfiez-vous de quiconque vous en promet un.
  • Parlez à un professionnel. Un conseiller agréé et un fiscaliste analyseront votre situation personnelle bien mieux qu’un article générique — celui-ci compris.

La vraie décision n’est pas « BRVM ou marchés développés ». C’est: « Combien puis-je investir sans me fragiliser, sur quel horizon, avec quel niveau de risque accepté, et en respectant quelles règles fiscales? » Répondez d’abord à cela. Le choix du marché en découlera presque naturellement.

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